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Hommage à Germain Frund
1939-2019

IFPF

« La forêt était mon temple
Au milieu de la campagne, j’étais heureux
Je vous ai quittés pour rejoindre le Créateur
Qui donne la vie à toute chose
».

Choisi par la famille Frund, ce verset nous rappelle que la vie de Germain s’est irrémédiablement achevée le dimanche 3 mars à l’âge de quatre-vingts ans et résume fidèlement ses multiples facettes :
- la forêt pour la chasse au chien courant et la musique de chasse
- la campagne pour le vin et la damassine
- la foi pour accomplir le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, 2300 km en deux mois
- l’habileté manuelle pour donner vie à des objets les plus surprenants

Fils de paysan au milieu d’une fratrie de 5 enfants, Germain passe son enfance à Bourrignon. Il rêve de devenir menuisier... Mais il faut aider à la maison, garder les bêtes que plaide son père handicapé par un vilain accident, creuser les buissons pour la bourgeoisie, remettre les barrières en état au printemps !

A vingt-trois ans, il s'émancipe et travaille dans une menuiserie pour 3 francs de l'heure, un salaire des années soixante qu'il donne à son père, bien sûr. Mais ayant de plus en plus de peine à obtenir la paye, il accepte un emploi dans une usine de boîtes de montres, avant de rejoindre ses amours originelles à la menuiserie qui, entre-temps, a changé de propriétaire.

Il se marie, en 1966 avec Yolande Montavon et le couple aura trois enfants, Didier, Simone et Sébastien, qui à ce jour lui ont offert 6 petits-enfants.

En 1977, il devient concierge de l'école de Develier, où il peut enfin donner toute la mesure de son talent de bricoleur inventif. Et, jusqu’à sa retraite, en 2003, il y est heureux, passe son temps à rendre service et à imaginer des astuces. Un concierge hors du commun !

La première fois que je suis accueilli chez Germain, c’est pour échanger sur les chiens courants suisses, plus particulièrement sur la descendance qu’il entend donner à son mâle Lucernois. Installé au nord de la maison, il m'explique que la vigne qui prolonge son petit domaine était, à l'origine, un vaste parc à lapins. Vingt mètres cubes de pierres ont été creusés et remplacés par 140 pieds de vigne, du pinot. Germain vinifie lui-même et peut espérer 200 bouteilles si l’année est bonne (Réserve des Germinets).

C'est la musique, explique-t-il, qui l'a conduit à la chasse, en quelque sorte. Il accompagnait son frère Marcel, émérite sonneur de trompe, lorsqu’il chassait le chamois, à l'aube. Le rêve de Germain : la nature, la musique des chiens, celle de la trompe de chasse… suivies, le soir, des rœstis, et d’un « stœck », nécessairement. Et on sonne de la trompe, puis on chante, et enfin on raconte... Des chansons de chasseurs, des chansons paillardes, des histoires de chasse. Et Germain raconte celle qui lui reste sur l’estomac : « Je tire un sanglier, je le vide dans un ruisseau, je le pèse : il faisait 42 kilos, deux de trop. Eh bien, le garde me l'a pris. Je n'ai eu que le foie ! »

Un hommage, d’autant plus émouvant qu’il était accompagné du groupe des sonneurs Trompes St-Hubert de Delémont, a rehaussé le dernier adieu célébré en l'église de Develier, le mardi 5 mars 2019, en présence de nombreux amis, de chasseurs et passionnés de nature, d’anciens collègues et élèves, tous venus entourer la famille de Germain et témoigner d’une dure réalité bien présente au milieu de tous : la mort a fauché un être cher, un ami.

Que ceux d’entre vous qui lui étaient attachés s’appliquent à faire vivre un souvenir qui invite chacun à s’épanouir dans la nature.

Jean-Pierre Boegli